"Marie-Soleil Frère et Les médias en Afrique Centrale". @ Sapin Makengele 2019

Une étoile s’est éteinte… C’est avec une profonde tristesse que nous recevons cette sombre nouvelle. Notre chère collègue, Marie-Soleil Frère, professeure à l’ULB et directrice de recherches du Fonds national (belge) de la recherche scientifique nous a quittés le jeudi 19 mars 2021.

Elle faisait partie des premières à travailler avec nous sur la méthode Voice4Thought. L’équipe de recherche qui est à la base de notre fondation avait fait connaissance avec Marie-Soleil en 2013, lors du tout premier séminaire portant sur les médias et l’expérience de conflit en Afrique Centrale. Son travail nous avez déjà captivé, mais lors de cette rencontre, l’équipe fut charmée par sa chaleureuse personnalité : Sa compétence, son dévouement au travail et surtout envers les personnes (collègues Africains et Européens, étudiants, nombreux informateurs, collaborateurs et collaboratrices) derrière ce travail. Ce premier séminaire ne fut que la première page d’une longue amitié inspirante entre Marie-Soleil et les membres de l’équipe de Connecting in Times of Duress et Voice4Thought. Pendant les années qui suivirent elle participa à plusieurs reprises dans les activités du projet de recherche et de la Fondation Voice4Thought. Elle participa dans nos premières échanges entre académiques et artistes, par exemple quand elle a invité Didier Lalaye, le slameur tchadien et directeur de notre académie au Mali, pour une discussion à la radio nationale de la Belgique. Notre appréciation et amitié grandirent de là. En fait, nous avons reconnu à elle une partage des esprit. Bien avant nous Marie-Soleil avait fait ce brassage entre l’art et l’académie, avec son compagnon de vie Etienne Minoungou. Ce couple nous a servi comme exemple.

Chair Panel ‘Virtual Communities : Empowerment’, N’Djaména, Octobre 2017

Chair Panel ‘Virtual Communities : Empowerment’, N’Djaména, Octobre 2017

Discussion à la radio nationale de la Belgique avec Didier Lalaye, 2016. Photo créée par Marie-Soleil

Mais ce n’est pas que dans ses écrits et lors des séminaires, conférences ou échanges médiatiques que nous trouvâmes Marie-Soleil. Une partie d’elle s’était aussi éparpillée dans les mémoires des personnes qui nous rencontrâmes pendant notre recherche en Afrique Centrale, qu’elle sillonna, laissant des traces dans plusieurs pays. C’est à Bangui (en RCA), par exemple, que Catherina l’a trouvé dans les mémoires des journalistes du journal hebdomadaire centrafricain « Le Confidentiel ». En août 2013, lorsque les locaux du journal avaient été pillés, Prospert Yaka, montrant ce qui restait des archives, se souvint du travail que Marie-Soleil y avait mis quelques années auparavant en classant les documents ensemble avec les journalistes du Confidentiel. Dans ce bureau aux murs peint en bleu, l’esprit de Marie-Soleil était encore présent. Un esprit de partage, de se donner aux autres, de concéder son temps à classer des documents humides. Beaucoup d’autres chercheurs n’auraient pas fait comme elle.

Dans ces années, deux évènements bouleversèrent Marie-Soleil. Le premier était le mouvement révolutionnaire du Balai Citoyen au Burkina Faso fin 2014 et le deuxième porta sur la crise politique au Burundi en 2015. Pendant les mois qui suivirent, Marie-Soleil s’engagea à informer sur l’évolution de ces évènements, et suivit de près le parcours des journalistes qui se virent forcés à quitter leur pays (surtout dans le cas du Burundi).

Marie-Soleil et Catherina discutent sur le concept duress, N’Djaména, Octobre 2017

Entre temps, Marie-Soleil continua à nous rendre visite à Leyde. Toujours présente, toujours disponible, elle s’engagea à encadrer la présentation du livre « Tempête sur Bangui » du bédéiste Centrafricain Didier Kassaï en décembre 2015. Pour cette dernière occasion, Pacôme Pabandji, jeune journaliste Centrafricain et, à l’époque, étudiant à l’École Supérieure de Journalisme à Lille, fut aussi un des invités. Il nous confia que ses professeurs lui avaient accorder la permission de manquer des cours du fait qu’il participerait à un séminaire avec Marie-Soleil, autrement il ne serait pas venu. En effet, on avait compris que Marie-Soleil avait déjà apprivoisé les Lillois aussi !

Venu Octobre 2017, pendant la conférence finale du projet à N’Djaména, qui était une mariage entre le festival Ndjam s’enflamme en Slam et Voice4Thought, Marie-Soleil s’engagea avec tous les chercheurs, artistes et blogueurs à discuter sur la définition, et surtout la traduction en Français, du concept duress, un exercice qui nous a pris plusieurs années : non ce n’est pas la détresse,’ argumenta Marie-Soleil, ‘la détresse est externe pendant que la duress ne l’est pas.’ Chaque jour habillée en pagne, style West-Africain, Marie-Soleil participa dans toutes les activités, les panels académiques et les soirées artistiques ; intéressée, de pleine volonté, improvisant là où nécessaire (tel fut le cas pendant le débat sur le Franc CFA sous le manguier à l’Institut Français).

Nous avons beaucoup appris de toi Marie-Soleil, minutieuse dans ton travail, toujours mettant l'accent sur les relations avec les autres. Et avec un grand cœur pour l’expression artistique. Merci Marie-Soleil pour nous inspirer, pour être un exemple humain dans un parcours académique souvent trop rigide !

Chair débat « Parlons du franc CFA », N’Djaména, Octobre 2017

À la demande de Marie-Soleil, un fonds a été créé en janvier 2021. Regards sur l’Afrique a pour objet "d’octroyer des aides financières aux étudiants de master en journalisme de l’ULB qui souhaitent effectuer un séjour en Afrique pour y mettre en œuvre un projet journalistique (presse écrite, radio, télévision, web, photo) ou une recherche, dans le cadre de leur mémoire". Celles et ceux qui souhaitent honorer sa mémoire peuvent faire un don sur le compte général externe de l'ULB: BE79 2100 4294 0033 (avec en communication : DON - 5F03Y000186).