Déby a prononcé un discours à Ndjamena pendant sa campagne électorale. © AFP

Un jour exactement, le président Idriss Itno Déby a été réélu. Le lendemain de l’annonce, il est mort des suites de ses blessures sur le champ de bataille dans le nord du pays, en laissant derrière lui un pays en choc, en colère, incertain et d’abus.

Idriss Deby venait d’être réélu avec 79,32% des voix pour un 6e mandat dans un climat de forte violence. Un mandat qui lui tenait à cœur.
Une rébellion lancée le jour du scrutin, le 11 avril 2021 par les éléments de Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (FACT), avait été réprimée dans le sang, occasionnant la mort d’au moins 300 personnes, selon l’armée tchadienne. Mort de suite de ses blessures lors d’un affrontement avec les rebelles aux alentours de la ville de Nockou dans la région de Kanem.

Contre toute attente que la population tchadienne a été surprise par l’annonce de la mort d’Idriss Deby qui a été faite à la radio et télévision nationale ce mardi 20 avril par le porte-parole de l’armée nationale le Général Azem Bermandoa Agouna, entourés par 14 autres généraux, les têtes pensantes de l’armée tchadienne. Lundi, la veille, le maréchal se rendit derrière les troupes de l’armée au front dans le Kanem. Il faut donc rappeler que Idriss Deby, en militaire, chef de l’armée est un habitué des terrains de combat. Pour mobiliser ses troupes, l’homme décent de temps en temps sur le champ de bataille que ce soit contre les Boko Haram ou contre les rebelles. Mais pour cette fois-ci, les choses ne se seraient pas passées comme l’on aurait voulu, Idriss Deby aurait été touché par balle et aurait succombé sur le champ de la bataille, parti comme il aurait aimé, en héros de guerre. Entre temps, la présence du président tchadien derrière ses troupes est un secret bien gardé par un cercle restreint, les tchadiens n’étaient pas au courant, certainement la CENI aussi qui avait proclamé les résultats pendant que le président serait déjà mort.  Il faut donc souligner qu’après l’annonce de la d’Idriss Deby, le choc a été clair dans la ville de N’Djamena. Plusieurs personnes ont quitté leurs lieux de services pour être chez eux en famille. Les marchés et certains commerces se vident peu à peu en cette journée de mardi 20 avril.

Héritage d’abus

Constitution suspendue, un conseil militaire est instauré à la tête de laquelle se trouve l’un des fils de Deby, le général Mahamat Idriss Deby Itno, appelé aussi Mahamat Kaka, responsable de la garde présidentielle, 37 ans. Pourtant pour accéder à la magistrature suprême du Tchad il faut avoir 45 ans. Le fils de Deby porté à la tête du pays est une violation des textes en vigueur de la république du Tchad. Pour le chercheur sénégalais, spécialiste des questions des droits humains en Afrique, Alioune Tine : « Les militaires qui ont mis en place un Conseil de Transition dirigé par le fils de Deby ont fait un coup d’Etat », dit-il. « Les conséquences sur la démocratie, les droits humains et la situation géopolitique au sahel se posent avec acuité », conclut-il en fin. Au Tchad, les gens n’entendent pas de leurs oreilles la question d’une succession à la tête du Tchad, pour beaucoup de tchadiens, « le Tchad n’est pas une monarchie, moins encore un royaume. Le système Deby a eu sa chance, il doit laisser la place à quelqu’un d’autre ». Mettre un autre Deby à la tête du pays serait pour les tchadiens perpétuer le système qui a échoué en 30 ans de règne. Pourtant, les militaires quand à eux disent ne pas s’imposer au pouvoir, pour eux une transition de 18 mois leur permettra de remettre le pays sur des rails, une proposition que l’opposition politique et la société civile rejette en bloc et appellent à « l’instauration d’une transition dirigée par les civils dans le respect de l’ordre républicain à travers un dialogue inclusif ».

La situation socio-politique du Tchad demeure donc inquiète. Le président Deby, en 30 ans de pouvoir n’a pas créé des institutions fortes pouvant faire face à ces genres de situations. Le risque d’un Tchad à reculons est très possible du moment où les forces rebelles quant à elles sont à la porte de N’Djamena et menacent d’attaquer en cas de refus de mettre un civil à la tête de la transition. Si les deux jours après la mort de Deby la ville de N’Djamena est calme, comment seront les jours à venir ?