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Campagne électorale en grande pompe dans tout le pays, des grands moyens financiers investis. Le parti au pouvoir au Tchad qui a réussit à écarter tous les « vrais » opposants de la course à la présentielle d’avril 2021 a été durement sanctionné par les Tchadiens par un taux de participation historiquement bas ce 11 avril.

C’est une ville de N’Djamena relativement calme que l’on constate ce 11 avril 2021 dans quelques quartiers. Si les églises et mosquées sont ouvertes, les boutiques, bars et quelques petits commerces aux abords des routes restent fermées toute la matinée. Au quartier Abena dans le 7e arrondissement, un vendeur de la viande grillée est entouré par de nombreux clients qui cherchent à manger, à défaut des autres alimentations fermées. Il faut attendre l’après midi pour voir l’ambiance de la ville avec la circulation qui reprend, des bars qui s’ouvrent. Le sujet qui était sur les lèvres était « l’élection présidentielle ». Si, il y’a cinq ans la population est sortie massivement votée dans toute l’étendue du territoire, en 2021 elle s’est muée dans un silence totale d’abstention.

La population dans sa majorité a choisit de rester chez elle, dans un pays où on sait tous que le vote n’a aucun enjeu. « Même si je vote ou je ne vote pas, ma voix ne servira à rien. C’est Deby va gagner ! » Se justifie Jonathan, un jeune conducteur de mototaxi dans un coin de la rue. Le verrouillage du jeu politique conduisant au déclin de la démocratie dans le pays crée un sentiment de méfiance de la population vis à vis dans la participation citoyenne dont le devoir de vote. Sur les réseaux sociaux circulent des photos de nombreux bureaux de vote quasiment vides toute la journée, une affluence mitigée montrant un taux de participation historiquement bas. Ainsi, le mot d’ordre de boycott lancé par l’opposition et la société civile a été respecté.

Dans l’après-midi, on observe localement quelques panaches de fumée au-dessus de la ville. Sur les réseaux sociaux circulent des vidéos sur les bureaux de vote incendiés.

 

Du côté du parti au pouvoir, tout s’est bien passé. Les gens sont sortis « massivement voté ». Mahamat Zene Bada, le Secrétaire général du MPS quand à lui : « La démocratie a triomphé. Les Tchadiens ont donné une grande leçon démocratique. Les électeurs ont bravé la distance, la chaleur et le discours de la peur. Un signal politique très fort a été envoyé », affirme-t-il. Même son de cloche chez les observateurs internationaux qui affirment que « l’élection s’est passée dans un climat apaisé ».

Pourtant, le lendemain de l’élection présidentielle, le 12 avril, 79 personnes sont arrêtées lors de la manifestation le jour du vote à N’Djamena. Les manifestants sont accusés de destruction des urnes, incendie volontaire, menace avec armes blanches et détention de cocktail molotov ainsi que des tee-shirts estampillés « Deby dégage ». Comment « un climat apaisé » ?