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Ce vendredi 27 novembre 2020, plusieurs journalistes en formation au sein de la radio privée Fm Liberté, à Ndjaména, ont été arrêtés par la police. Parmi eux, un groupe d’initiateurs d’un forum citoyen sur le Tchad organisé par la société civile dont se trouve l’activiste Kemba Diddah Alain. 

Initialement prévu le 27 novembre 2020, le Forum Citoyen (un forum destiné à être des réflexions sur la situation socio-économique et politique du Tchad par la société civile) organisé par la société civile a été interdit par les autorités publiques pour motif de « Coronavirus ». Certains membres de l’organisation ont trouvé injuste cette interdiction et ont tenu à accorder une interview à la radio Fm liberté afin d’expliquer les faits. Mais comme à l’accoutumée, dès les premières heures du matin, la police avait déjà pris d’assaut le siège de la radio privée Fm Liberté où devaient se rendre les initiateurs du forum citoyen qui a été annulé. D’autres stations de la ville ont été par ricochet prises d’assaut par la police. Cette scène n’est pas nouvelle au Tchad, puisque quelques jours passés, cette même police avait pris d’assaut les sièges et domiciles des leaders politiques, notamment chez « Transformateurs » (un mouvement politique créer par Dr Succès Masra, mais toujours interdit d’activité par le pouvoir au Tchad), le siège du parti UNDR de Saleh Kebzabo (ancien chef de fil de l’opposition tchadienne et président de son parti) pour des rencontres politiques pacifiques et non violentes. Des journalistes de plusieurs médias étaient en formation à la radio Fm Liberté ce jour-là. Tous ont été séquestrés et arrêtés parmi eux se trouvent le coordonnateur du mouvement citoyen « Le Temps » (le mouvement citoyen Le Temps est un jeune mouvement citoyen créé par les jeunes tchadiens pour des questions citoyennes de leur pays), Kemba Didah Alain et deux de ses camarades. 

Cette arrestation de trop des leaders de la société civile, la séquestration des journalistes et le harcèlement dont font face les leaders de l’opposition démontre à suffisance le manque de volonté des autorités tchadiennes à ouvrir l’espace politique pouvant permettre à tous les citoyens tchadiens de se sentir concernés par les projets de société et de développement de leur pays. Des manifestations de grandes envergures et de mobilisations se font au jour le jour par le pouvoir en place sans que le cas de coronavirus n’inquiète. Le chef de l’Etat tchadien lui-même est depuis quelques semaines en campagne électorale avec des rassemblements de milliers de personnes sans respect des gestes barrières. Etouffer l’espace d’expression libre et pacifique n’est rien d’autre que de durcir la société sociale des tchadiens qui est déjà difficile. Dans la constitution de la république du Tchad il est mentionner en lettre d’or que : « les libertés d’opinion et d’expression, de communication ; de conscience, de religion, de presse, de circulation, d’association, de réunion, de circulation, de manifestation sont garanties à tous ».

Dans un communiqué rendu publique par l’une des organisations de la société civile victime elle aussi de plusieurs harcèlement, la Convention Tchadienne de défense des droits de l’homme (CTDDH), se dit d’ailleurs  profondément horrifiée par les violences et tortures policières infligées à des journalistes, leaders des partis politiques et Organisations de la société civile indépendante ce vendredi 27 novembre 2020. « Une fois de plus, le système répressif de Deby sévit et cette fois-ci, c’est la presse parlée qui en a été victime. Après les tentatives lâches et arbitraires de déstabilisation de la CTDDH par son odieux bras armé qu’est la justice Tchadienne, après l’encerclement des sièges et domiciles des partis politiques des Transformateurs, de l’UNDR, du PLD et après avoir assiégé les locaux de la LTDH et violé le siège de l’UST après en avoir séquestré les membres présents, la dictature a franchi un nouveau seuil avec le molestage éhonté des journalistes de la presse privée en séminaire dans les locaux de la Radio Fm-Liberté dans lesquels des grenades lacrymogènes avaient été largués. Employés et journalistes en formation n’étaient pas épargnés. Souligne le communiqué signé par son Secrétaire à l’Encadrement et à la Formation aux Droits de l’Homme ABBAS ALHASSAN. Et au communiqué de poursuivre : « La Convention Tchadienne de défense des droits de l’homme, tout en condamnant ces bavures policières, exige la suspension et l’arrestation immédiate des auteurs avant leur traduction devant les juridictions compétentes. », conclut-il. 

Si les journalistes arrêtés ce jour ont été libérés quelques heures plus tard, Kemba Didah Alain et ses deux camarades sont gardés au commissariat de la police nationale. Ils seront présentés au procureur ce lundi 30 novembre. Au Tchad, plusieurs voix se sont levées pour condamner cette arrestation et la violation des locaux de la radio privée Fm Liberté. La journée de mardi 1er décembre sera d’ailleurs décrétée journée « silence radio » par la fermeture de toutes les radio privées en signe de mécontentement face à la bavure policière.

Ce lundi 30 novembre 2020, dès 9h du matin, l’activiste et Coordonnateur du Mouvement Citoyen Le Temps Kemba Didah Alain est transféré au palais de justice de N’Djamena. Sa défense est constituée de plusieurs avocats dévoués à la cause des libertés et de défense des droits humains au Tchad. Des journalistes, des activistes, des leaders politiques de l’opposition dont Saleh Kebzabo de UNDR et Alhabo Ahmat Mahamat de PLD ont fait le déplacement pour soutenir le jeune activiste Kemba Didah Alain. 

Après plusieurs heures d’auditions, le procureur chargé de l’affaire a décidé de placer Didah et deux de ses camarades (un graphiste qui avait travaillé sur la banderole de la conférence de presse et un moto-taxi qui a juste amené le graphiste avec la banderole) sous mandat de dépôt. Des charges jugées non sens par les personnes qui étaient présentes ont été retenues contre lui : « acte de rébellion et trouble à l’ordre public ». 

Sous cette chaleur de N’Djamena, le jeune Didah et ses camarades sous les yeux de nombreuses personnes restées impuissantes face à la justice des plus forts ont pris la direction de la maison d’arrêt de Amsinéné (N’Djamena). Ils comparaîtront le 11 décembre 2020. « Alain Kemba Didah a été mis sous mandat de dépôt pour un flagrant délit imaginaire et subira un procès dont le verdict est connu d’avance », écrit Saleh Kebzabo, ancien chef de fil de l’opposition, par ailleurs Président du parti UNDR sur sa page Facebook.