Participants. © SLAMeroun

La 3eme édition de cet évènement international de Slam, qui s’est déroulée du 24 au 27 juin à Yaoundé et Buea, avait cette année pour thème ‘L’art pour la crise anglophone’.

Le contexte de la troisième édition du festival est encore très incertain. Cela fait plus de cinq ans que la crise anglophone dure et continue de susciter des préoccupations aussi bien dans le Cameroun qu’en dehors de ses frontières. A ce jour, ce conflit a fait des milliers de morts, plus de 1 million de déplacés et l’escalade des violences dans le Nord-ouest et Sud-ouest est loin de s’estomper. Buea, est l’une des villes camerounaises gravement impactée par la crise politique qui divise le Cameroun. « A travers une série d’activités notamment les concerts, les débats, les ateliers d’écriture, les projections de films ou encore le concours de Slam National, il est question pour nous de braquer à nouveau les projecteurs sur le drame anglophone mais également de penser les maux de nos frères anglophones avec nos mots », explique Faithfull Baana Enono Arnaud, directeur du festival Slameroun. Le festival Slameroun, qui favorise l’échange d’artistes entre slameurs locaux et étrangers, a montré avec le thème choisi pour son 3e acte que les solutions aux maux qui déchirent le Cameroun sont aussi artistiques.

Le dialogue était au centre de cette 3ème édition du festival grâce notamment aux conférences débats. A Yaoundé, c’est le musée La Blackitude qui a été choisi pour abriter la conférence qui aura pour thème ‘Jeunes et radicalisation au NoSo’. Tandis qu’à Buea, l’Alliance française et l’université ont accueilli la conférence sur ‘Les solutions au problème anglophone au Cameroun’. Au cours de ces deux conférences, il est apparu clairement pourquoi les jeunes tombent dans un processus de radicalisation et quelles sont les méthodes de prévention, mais aussi comment, dans le domaine culturel, nous pouvons assurer la stabilité et la cohésion sociale durable dans les régions du nord et du sud-ouest du Cameroun.

Le panel était composé de l’entrepreneur culturel Chembifon Dibue Muna, Ngwa Becky Mankaa, Christian Nana Tchuisseu directeur du musée La Blackitude, l’artiste peintre Max Lyonga Sako, Mac Alunge, Ndika Tanjong ou en Ngo Grâce Ewang Ngobiesalaka, déléguée régionale du Minac dans le Sud-Ouest.

Plusieurs slameurs internationaux de Buea étaient présents. Il s’agit de Fatine Moubsit du Maroc, Philip Meersman de la Belgique, Kikete du Kenya, Meriem Bouraoui de l’Algérie ainsi qu’une forte délégation nigériane composée de Bash Amuneni, Jamila Abbas, Paul Tony et Augusta Imomon. Ils ont rejoint les nombreux slammers locaux qui ont également participé au festival. « C’est pour eux l’occasion de se développer, d’exprimer, et d’exprimer avec allégresse, leur fureur de vivre et leur créativité. Libres dans leur capacité d’innover, leur audace d’inventer. Une symphonie réjouissante de voix, de réactions, de déclarations, venant de jeunes et de moins jeunes, d’horizons différents, chacun à sa façon. Avec beaucoup de joie, de spontanéité et de conviction », décrit Faithfull Baana Enono Arnaud.

Pendant quatre jours, le festival de Slameroun avait pour objectif de « culturaliser la crise anglophone » pour enfin proposer des solutions à cette crise qui a déjà causé d’énormes dégâts matériels et des pertes humaines. Si la culture n’est pas toujours suffisamment exploitée comme moyen de consolider la paix et le vivre ensemble, les organisateurs de cet événement international de slam de poésie ont eu l’occasion de démontrer que « la culture est aussi la solution au mal ».

Une impression du festival dans la vidéo ci-dessous.

 

Interview avec Faithfull Baana Enono Arnaud, directeur festival Slameroun

Cette interview a eu lieu avant le début du festival. 

Le festival Slameroun veut proposer des solutions artistiques à la crise anglophone. Peux-tu nous présenter dans les détails l’édition 2021 du festival Slameroun ?

La 3ème édition du Festival International SLAMeroun, prévue du 24-27 Juin 2021 et qui déploie ses vers et figures de styles dans la ville de Buéa avec pour thème « L’Art pour la crise anglophone », est un prétexte pour nous de culturaliser la situation au NoSo et de trouver des solutions pour une paix et cohésion durable dans ces régions du Cameroun. Ceci, à travers une série d’activités telles que : les débats, les concerts de Slam Poésie, exhibition, ateliers d’écritures et concours national de slam poésie. Nous aurons cette année des artistes internationaux venus du Nigéria, Kenya, Belgique, Algérie, Maroc pour enrichir notre approche de réponse à cette situation qui déstabilise les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Pourquoi avoir choisi de consacrer une grande part de cette édition à la crise anglophone et quel est l’objectif recherché à travers cette édition ?

En choisissant de consacrer cette édition à la crise anglophone nous avons voulu donner la parole à la jeunesse pour que celle-ci, à travers l’art et notre festival, puisse donner son avis sur les différentes voies de solutions de retour de la paix dans ces régions du Cameroun. Une sorte de Grand dialogue Régionale 100% jeunes. Nous voulons également montrer aux décideurs que les solutions à nos maux sont aussi artistiques puisque notre festival offre des plates formes d’échanges diverses à toutes les personnes issues de notre société sans aucune distinction.

Aujourd’hui, penses-tu que l’art, le slam notamment, puisse être un médicament contre tous ces déchirements qu’on observe dans ton pays ?

Justement jusqu’aujourd’hui le monde cherche un médicament efficace à nos maux et on constate que nos politiques croient avoir tout essayé aujourd’hui sans résultat ainsi nous avons un outil très fédérateur et promoteur de la liberté d’expression qu’on appelle le  « Slam » en plus la prestation de la Slameuse  Amanda Gorman lors de l’investiture du président américain Joe Biden, est une preuve que le slam permet à tout individu de s’exprimer et proposer des solutions à nos différends à travers divers textes de Slam qui peuvent être des sources d’inspirations pour nos décideurs qui pourront alors adopter de nouvelles stratégies  pour un vivre ensemble plus prépondérant en Afrique et dans le monde.

Quels sont les artistes attendus à cette édition ?

Malgré certaines contraintes imposées par la covid-19 sur le plan de la mobilité des personnes, nous aurons tout de même quelques invités internationaux. Il s’agit de Fatine Moubsit du Maroc, Philip Meersman de la Belgique, Kikete du Kenya, Meriem Bouraoui de l’Algérie ainsi qu’une forte délégation nigériane composée de Bash Amuneni, Jamila Abbas, Paul Tony et Augusta Imomon. Ils viendront se joindre aux slameurs locaux qui prendront part au festival.

On constate également que le festival coïncide avec le Grand Slam National. Comment se prépare la compétition et à quoi doit-on s’attendre ?

Le Grand Slam National 6ème édition est une des articulations principales du Festival International SLAMeroun. C’est tout naturellement que l’une des phases de sélections du concours national de slam se tiendra le 24 Juin 2021 au Musée la Blacktitude après le panel d’échange prévu sur Jeunesse et Radicalisation au NoSo. Nous tenons à souligner qu’à ce jour nous comptons plus de 100 candidatures de textes de slam jeunes de partout le Cameroun pour cette édition.

Un dernier mot ?

L’objectif du festival Slameroun est de facilité les échanges artistes entre les Slameurs et le public. C’est la raison pour laquelle nous convions les populations de Buea à venir partager avec nous leur réflexion pour une stabilité et cohésion sociale durable dans les régions du Nord et Sud-Ouest du Cameroun.