Yanfolila, Bougouni © Voice4Thought Académie

Dans la région de Bougouni, de l’orpaillage a fait l’objet de recherches. C’est une activité qui a beaucoup de conséquences sociales et économiques. Dans cette série de blogs, nous présentons des textes qui traitent dans le cadre de ce thème. Les blogs ci-dessous traitent de l’abandon scolaire par les élèves pour travailler dans l’orpaillage, et des conséquences du tannage de l’or sur l’environnement.

 

L’orpaillage au détriment de l’école dans le cercle de Yanfolila

Auteurs: Cheick Ballo et Djeneba Keita

Le deuxième volet de la formation du projet Voice4Thought Académie s’inscrit dans la continuité de la première formation, qui a débuté le mardi 8 septembre 2020 a la maison des jeunes de Yanfolila. Ce deuxième volet est largement consacré à une formation sur le terrain et dont le thème porte sur l’abandon des écoles par les élèves au détriment des sites d’orpaillage. Un sujet qui n’a été choisi par hasard, vu l’évolution galopante des sites d’orpaillage dans le cercle. En effet, l’Etat du Mali s’est résolument engagé depuis plusieurs décennies à faire du droit à une éducation inclusive de qualité une réalité, les autorités ont elles faits de l’éducation une priorité. La loi d’orientation de l’éducation consacre l’obligation scolaire pour tous les enfants de 07 à 16 ans et des reformes de système éducatif sont la traduction de cet engagement.

Des engagements dont le cercle de Yanfolila ne fait pas exception

Mais dans le contexte actuel marque par un boum munier dans notre cercle ; un nouveau phénomène est apparu et compromet sérieusement la scolarisation des enfants. Il s’agit de la ruée des scolaires vers les sites d’orpaillage. Ce phénomène prend de plus en plus des proportions au point qu’il est devenu une préoccupation et un défi à relever. Aux fruits de nos enquêtes, il ne fait aucun doute que l’orpaillage tel qu’il s’est développé ces dernières années dans la cité du Wassoulou induit des effets particulièrement négatifs sur le système éducatif qui engendre la déscolarisation, la mauvaise fréquentation, l’aggravation de l’échec scolaire etc. 

Pire, nous constatons l’inertie totale des associations des parents d’élèves, des autorités communales et tous les autres acteurs concernés, qui ne parviennent pas à faire stopper le travail de ses enfants sur les sites d’orpaillage. Selon l’ancien maire de la commune Wassoulou Balle, Monsieur Issa Sangare : « les causes de l’abandon des classes par les élèves au profit des sites d’orpaillage sont connues de tous. On peut citer entre autres la crise scolaire incessante, la recherche des gains faciles, la pauvreté dans les familles, l’ambition démesurée des jeunes. »

Selon nos informations recueillies, si les causes sont connues, les conséquences sont bien visibles dans nos communes, parmi lesquelles nous pouvons citer : l’évolution inquiétante de la délinquance des jeunes, les vols, la consommation des drogues, la prostitution des filles sans parler des incidences meurtrières des jeunes dans les puits d’orpaillage.

La commune la plus touchée est celle de Guaniaka (disposant plus de site d’orpaillage dans le cercle de Yanfolila). Toutefois, certains citoyens restent dubitatifs face aux effets néfastes de cette pratique, mieux ils en fait éloge. Pour eux le seul moyen rapide de faire face aux difficultés financières se trouvent sur les sites d’orpaillage et trouvent le projet d’études trop aventureux. Aux dires d’un parent d’élève, il estime que « la pratique d’orpaillage fait partie de l’ADN des Wassouloukes, donc impossible de mettre fin à cette pratique. »

L’Etat Malien, en collaboration avec des autorités communales et coutumières doivent rapidement mettre en place des groupes de plaidoyers enfin d’interpeller les différents acteurs sur la gravite des phénomènes. Qu’ils analysent et mènent des actions de sensibilisations dans ce sens.

Il est urgent que les efforts se conjuguent, de l’association des parents d’élèves, aux autorités étatiques, communales voire coutumières pour trouver une solution définitive de mettre tout en œuvre pour faire face à ce phénomène enfin que les enfants puissent regagner les salles de classe.

  

Sogola, Bougouni © Voice4Thought Académie

 

L’orpaillage, un danger pour l’environnement et l’agriculture

Auteur: Cheick Ballo

La région de Sikasso par son climat favorable est considérée aujourd’hui comme le grenier du Mali, de par sa production saisonnière des matières vivrières. Une terre généreuse et un écosystème favorable, le cercle de Yanfolila participe considérablement à la réalisation de ce statistique. En effet, l’activité principale des 12 Communes de cercle de Yanfolila est basée essentiellement sur l’agriculture et la pêche (à travers son fleuve Balle). 

Mais cependant, force est de reconnaitre qu’un autre phénomène commence à gagner du terrain, qui n’est d’autre que l’orpaillage artisanal. Le cercle compte d’au moins une dizaine des sites d’orpaillage, une activité certes lucrative a courte terme mais trop néfaste pour l’environnement et menace considérablement l’autosuffisance alimentaire du pays. Parmi les conséquences, nous pouvons citer entre autres la destruction des terres arables, des écosystèmes aquatiques, la pollution des eaux de surface souterraine, l’utilisation de la main d’œuvre active au détriment de l’agriculture et la baisse progressive des rendements agricoles. Monsieur Moussa Konta, pêcheur de son état, lors de notre entretien a lancé un cri d’alarme à l’endroit des autorités : « si nous ne faisons rien contre la pratique de l’orpaillage par drague sur le fleuve Balle et l’interdiction de l’utilisation des produits chimiques, dans les dix années à venir, il n’y aura plus de poisson dans le fleuve. »

L’Etat Malien doit rapidement prendre des mesures législatives pour interdire sur les sites d’orpaillage, l’utilisation des dragues et des produits chimiques afin de préserver le peu qui nous reste de cette fabuleuse don du ciel et rehausser les richesses agricoles du Mali. 

Sogola, Bougouni © Voice4Thought Académie
Sogola, Bougouni. © Voice4Thought Académie
Sogola, Bougouni. © Voice4Thought Académie