Liaison prohibée
by Salma Khalil Alio

Abakar remit de l’argent pour la ration alimentaire à Meredja, l’une de ses épouses. Elle le prit puis le regarda monter et s’éloigner dans  sa Toyota Prado.
Elle enviait cette liberté de sortir, de rencontrer de nouvelles personnes.
Meredja quitta le salon et marcha le long du couloir qui conduisait vers les toilettes de la concession. Elle s’arrêta devant la cage de son perroquet pour le saluer 

– Bonjour Wilfrid. Lui dit – elle en souriant.

 Soudain, Moussa, le frère de son mari sortit des toilettes, tenant en main une bouilloire. Il toisa sa belle-sœur d’un regard méprisant :

– Mon frère ne va apprécier ça ! Lui lança t-il en regardant le pantalon qu’elle portait.

Meredja n’aimait pas trop les vêtements que son mari et son entourage voulaient lui imposer. Agée de trente cinq ans, elle avait un superbe teint d’ébène, des lèvres charnues et de jolis yeux marron. Ses cheveux noirs et épais lui tombaient au milieu de dos en queue de cheval. Depuis son mariage avec ce puissant policier reconvertit en homme d’affaires, elle passait  plus de son temps à bavarder avec son perroquet. Elle partageait leur somptueuse villa avec sa coépouse, Marriyouda. Pendant qu’elle nourrissait Wilfrid de grains d’arachides, elle sentit un parfum de framboise l’envahir. Aussitôt, une jeune femme de petite taille, apparut dans son jardin. C’était sa jeune coépouse dont on avait fêté le récent mariage, il y a de cela quatre mois. Meredja aimait contempler les courbes voluptueuses et le teint laiteux Maryouda. Cette dernière fut surprise du regard insistant de son ainée.

– Pourquoi me regardes-tu ainsi ? Dit-elle d’un ton à la fois agressif et gêné.

Meredja ne détourna son regard que lorsque, Marriyouda disparut dans sa concession. Leur mari avait fait construire la même maison, uniquement séparée par un grand jardin.
Une fois dans son salon, Meredja s’adossa contre son canapé et libera ses cheveux retenus en arrière. En les peignant, elle pensait encore aux rondeurs de sa coépouse. Cette pensée qu’elle voulait chasser commençait à devenir une obsession. Dès leur première rencontre, cette attirance envers Marriyouda s’était imposée. Une attirance qu’elle ne voulait pas se contenter uniquement de ressentir mais aussi de pouvoir partager un jour. Il lui fallait cependant oublier pour l’instant ces pensées car elle devait se préparer pour la fête de sa belle-sœur qui allait avoir lieu le soir.

La cérémonie

La Toyota Prado d’Abakar venait de quitter la somptueuse villa. Meredja et Maryouda étaient. Meredja portant un caftan mauve, respire difficilement à cause du parfum imposant de sa coépouse. Maryouda portait un voile bleu incrusté de quelques strass. La dispute qui opposait Maryouda à son mari depuis la maison se poursuivait:

– Non ! Je répète que le chauffeur reviendra vous chercher à vingt heures.Précisa Abakar d’un ton autoritaire.

– Non mais…

– Plus un mot ! Articula t-il.

– Mais c’est l’heure où la soirée commence ! Lança t- elle

– Dans ce cas si c’est l’heure où la cérémonie commence, pourquoi y aller  deux heures à l’avance ? Et je ne veux plus te voir te trémousser devant ces putains de caméras comme la dernière fois ! Compris ?

Un silence s’installa. Pendant ce temps Meredja regardait à travers la vitre, les boutiques et les maisons qui défilaient.

– Est-ce que je me suis fait comprendre ? Insista t-il.

– Oui… Marmonna-t- elle avec contrariété.

– C’est surtout valable pour toi, Marriyouda. Alnour viendra vous chercher.

En raison de son rendez-vous avec son marabout, Abakar ne s’attarda pas. Après avoir salué sa sœur, il s’en alla précipitamment. Meredja la salua à son tour et s’assit parmi les invités. Dès que Maryouda vit l’équipe de l’orchestre, elle s’en rapprocha. Ils installaient encore leur matériel et les techniciens réglaient les  projecteurs. Dès les premières notes de musique, les femmes envahirent la piste en dansant. Toujours assise, Meredja regardait Maryouda s’adonner pleinement à la danse parmi les hommes. Elle se trémoussait, hochant de manière répétée ses épaules nues et roulant les hanches devant les projecteurs. Meredja la dévora d’un regard admiratif pendant que sa danse prit une allure plus mouvementée. L’attirance qu’elle éprouvait pour sa jeune épouse se transformait peu à peu en véritable désir amoureux.

Lorsque le chauffeur arriva et demanda aux deux femmes de rentrer, Maryouda fit la sourde oreille et continua à danser de plus belle. Alnour revint la chercher une deuxième fois, toujours sans succès et la troisième fois, il ne la trouva pas. Il s’empressa d’avertir son patron par téléphone. Abakar se rendit rapidement sur les lieux. A peine sa voiture fut-elle arrêtée qu’il descendit en hurlant le nom de Mariyouda.

– Où est ?…Mais où est-elle ?..

– Ne t’inquiète pas ! répondit sa sœur effrayée, elle n’est pas loin !

– Mouna !…C’est à cause de ta fête que j’ai autorisé mes femmes à y assister et voilà que tu me déçois !

Elle était pourtant ici tout de suite. Il se tourna dans tous les sens en hurlant sans cesse.

– Bien. Rentrons ! Ordonna t-il

– Sans elle ? Demanda le chauffeur stupéfait.

Abakar le fixa méchamment alors qu’une voix soudaine interrompit la scène.

– Me …Me voici…j’étais aux toilettes ! Dis Maryouda.

– Ton mari s’inquiétait ! Répondit sa belle-sœur.

D’un air furieux, Abakar observa sa femmes dont les vêtements, trempés de sueur, collaient à sa peau et laissaient deviner toutes ses formes. Il comprit alors qu’elle lui avait désobéi et qu’elle n’avait pas dû cesser de danser depuis son départ. Une gifle retentit soudainement sur la joue. Elle trébucha et tomba. Abakar la releva et l’entraina vers sa voiture mais Maryouda se débattit en hurlant et refusa de monter.

Le rapprochement

Pour éviter le remboursement de la dot au coût très élevé, les parents de Maryouda avait dû renvoyer immédiatement leur fille à son foyer. La situation s’aggrava encore lorsqu’à son retour, la jeune femme découvrit sa maison dévalisée. Abattue, elle était restée cloitrée pendant toute la matinée dans sa chambre. Le serrurier travaillant chez eux était déjà en train de réparer la porte. Bien avant ce cambriolage, Abakar et son jeune frère suspectait déjà le serrurier de quelques méfaits. Menaçants, ils s’approchèrent de lui et l’accusèrent. Troublée par les bruits de l’altercation, Meredja s’empressa d’intervenir pour défendre l’ouvrier. Malgré l’intervention de la première épouse, Abakar l’obligea à réparer gratuitement la porte. Meredja compatissante, raccompagna le serrurier et lui glissa un billet pour le remercier. Elle profite de cet instant pour visiter Maryouda.
C’est une femme meurtrie au regard vide qu’elle découvrit dans une chambre désordonnée suite au cambriolage. Bien que Maryouda refusa de la recevoir, Meredja insista et lui proposa de venir prendre un café et changer de vêtement chez elle.
Installée confortablement chez la première épouse, les deux femmes burent leur café en discutant de leur situation conjugale. Encore affectée par tous ces événements, Maryouda déclara :

– Notre vie est pourrie ! Nous sommes dans une prison !

Abakar n’est pas différent de ceux qui défigurent leurs femmes. C’est un égoïste, jaloux et violent. Il veut te rendre laide pour que tu n’attires plus personne. Ecoute ton cœur ne te laisse pas aveugler par sa richesse, ma chérie? Lui conseilla t- elle.
L’environnement était glaciale et Maryouda fuyait le regard conquérant de sa coépouse. Mais dès qu’elle baissa les yeux, Meredja lui dégagea les mèches qui trainaient sur le visage. En lui soulevant le menton, elle l’entraina au même moment vers elle et posa ses lèvres sur les siennes. Maryouda sursauta.

– Ai-je fais quelque chose d’anormale ? Lui demanda Meredja d’un ton rassurant.

– Arrête tout de suite. C’est de la folie. Lança Maryouda très gênée.

– Je suis sûre que ce n’est pas ce que tu ressens et tu dois écouter ton cœur. Insista Meredja.

Sans attendre, Maryouda se leva pendant que sa coépouse tentait de la convaincre.

– Tu n’as pas besoin de ton prétendu mari pour être satisfaite ! Moi, je peux bien faire son devoir à sa place. Vois-tu ce que je veux dire ? Tu ne m’aimes pas ? Lui demanda t- elle en la fixant dans les yeux.

– Je dois partir.

– Si seulement tu savais ce que tu rates ! Au cas où tu croirais que mon idée est une folie, oublie cette conversation. Et ne reviens surtout plus défiler par ici ! lui lança-t-elle sèchement avant d’aller à la cuisine.

Maryouda indiqua la porte et soupira : – Il faut que je rentre… !

Depuis ce jour, bien que Maryouda ait prit quelques distances avec sa coépouse, cela ne l’empêchaient pas de penser que Meredja avait sans doute raison. Abakar était de plus en plus fréquemment absent et ne lui adressait la parole que lorsqu’il lui remettait l’agent de la ration alimentaire. Elle commençait à se rendre compte que cette fortune ne vaut rien sans son amour. Rongée par la solitude, elle ressentit brusquement le besoin d’aller de revoir Meredja. Arrivant dans la cour de sa coépouse, elle surprit cette dernière en train de récolter des légumes dans le jardin. La pluie commençant à tomber, elle l’aida spontanément dans sa récolte. L’averse s’intensifia et elles rentrèrent trempées avec leur panier de légumes.

Meredja conseilla sa coépouse de prendre une douche chaude pour ne pas s’enrhumer. Dehors, le souffle du vent était tellement fort qu’il claquait sans cesse la porte. Elle le ferma à clef puis apporta du savon à Maryouda qui l’attendait sous la douche. Leurs regards se croisèrent et Meredja commença à lui savonner tendrement la poitrine. Elles esquissèrent un sourire complice  qui aboutit à un long baiser. Les deux coépouses s’abandonnèrent dans les bras de l’une et de l’autre. De la douche à la chambre  à coucher, les deux femmes poursuivirent leurs ébats amoureux Meredja leur servit ensuite deux grands verres de jus d’orange sur la table à côté du lit en regardant parfois  Maryouda avec complicité. Pendant ce temps-là, celle-ci étalée nue sur le lit, touchait sans cesse sa poitrine avec satisfaction. Elle se tourna vers Meredja toute souriante :

– Enfin, je viens de faire l’amour pour la première fois ! Abakar ne faisait que du cirque !

Meredja sourit et vint s’asseoir à côté d’elle :

– Je t’aime trop et je suis contente que tu aies compris et partagé mes sentiments. Je meurs de faim. Veux-tu m’aider à cuisiner quelque chose ? 

 Main dans la main, les deux femmes s’en allèrent en courant  à la cuisine.

Le soupçon

La romance entre Meredja et Maryouda durait depuis deux mois. Elles projetaient de quitter leur foyer qu’elles considéraient comme un enfer. Ce fut dans la chambre à coucher de la première épouse qu’elles préparèrent leur plan d’évasion.

– Je sais où Abakar cache son argent. nous n’allons le lui voler, ensuite nous partirons d’ici.

– En cette période la route est mauvaise et Abakar va vite nous rattraper – Lui répondit Meredja Hésitante.

– Je te promets que nous trouverons une issus pour sortir de cette prison, mon amour. Fais-moi confiance.

Elles baissèrent soudain leurs voix, lorsqu’elles virent Abakar pénétrer dans la cour. Ces derniers temps, leur mari semblait de plus en plus intriguer de la complicité qui animait les deux femmes. Hier, elles avaient préparé le repas ensemble et aujourd’hui Meredja peignait les cheveux de sa coépouse.

– J’ai comme l’impression que le léopard et l’antilope s’entendent à merveille chez moi ! – Ironisa-t-il.

Elles le regardèrent à peine et vaquèrent à leurs occupations. Son frère, qui le suivait regarda curieusement les deux femmes et leur lança :

– Eh vous deux -là ! Si vous passez votre temps à vous tresser, qui va nous préparer le repas, alors ?

– C’est écrit esclaves sur nos fronts ? – rétorqua Marriyouda alors que Meredja lui fit signe de se taire.

– Depuis que vous êtes devenues les meilleures amies du monde on ne cesse d’écouter des propos rebelles. – Reprit-il. Il retrouva son grand-frère dans le salon devant la télévision.

Dès qu’il entra au salon, il interrompit la concentration de son frère devant la télé.

– Ecoute grand frère. Il faut qu’on parle.

Abakar diminua le volume et se tourna vers Moussa. Très attentif.

– Parle je t’écoute.

– Je te propose de séparer tes deux épouses en installant l’une d’entre elles dans une de tes concessions loin d’ici. Leur entente m’inquiète.

– Calme-toi petit frère. C’est juste deux femmes qui apprennent à se connaître. Mais tu as peut-être raison, on sait jamais ce qu’elles peuvent encore inventer – dit-il en réfléchissant. Il vaut mieux être prudent.

Dès le lendemain, Abakar informa Meredja de sa décision de vouloir l’emmener dans l’une de ses maisons de province qui se trouvait à trois cent kilomètres. Cette décision inquiéta les deux femmes et précipita leur envie de fuir.

La liaison prohibée

Pour faire revenir le serrurier, Meredja tordit la clef dans la serrure de la porte de son salon. Dès qu’elle put se trouver seule avec l’ouvrier, elle lui fit part de son plan d’évasion et celui-ci accepta de l’aider.
Le départ de Meredja vers la province s’approchant, Abakar terminait le chargement des meubles et des affaires personnelles qu’elle souhaitait emporter. Il devait accompagner de déménagement et revenir la chercher dans deux jours. Quelques instants après son départ, Meredja s’assura que la voiture d’Abakar s’était suffisamment éloignée, avant de faire signe à sa coépouse. Elles se dirigèrent rapidement vers la cachette de leur mari et lui dérobèrent le pactole.

– Avec cette somme nous pourrons reconstruire notre vie loin d’ici. Murmura Maryouda avec enthousiasme.

Euphorique à l’idée de réaliser leur projet, les deux femmes se félicitèrent et s’embrassèrent dans la chambre. Très vite leur approchement prit une allure érotique. En déboutonnant la chemise de sa coépouse, Maryouda se moqua de sa très petite poitrine. Meredja déshabilla à son tour sa partenaire et les deux femmes firent l’amour. Mais c’était sans compter sur l’étourderie d’Abakar qui vint rechercher la clé oubliée de la maison provinciale. Ouvrant brusquement la porte, il surprit les deux femmes nues sur le lit. Cette scène le mit complètement hors de lui.

– Oh mon Dieu !…nom de Dieu ! Qu’est-ce que je vois ! C’est de la sorcellerie ça !!! S’écria-t-il. Je vais vous tuer toutes les deux !!!

Alors que Meredja saisit solidement la main de Maryouda à moitié nue pour tenter de fuir, Abakar la frappa violemment au ventre d’un coup de poing. Révoltée parce geste, Maryouda assomma son mari à son tour à l’aide d’une bouteille qui trainait sur la table. Elle relevait difficilement Meredja, quand le serrurier, alerté par les bruits, s’approcha et découvrit la scène.
Les faisant rapidement sortir de la maison, il les aida à se dissimuler parmi les ordures amassées sur le plateau d’un camion stationné dans la rue. Dans la précipitation du départ du camion, Meredja parvient à lui indiquer un lieu de rendez-vous pour le lendemain soir. Le camion s’éloigna et elles réussirent ainsi à s’enfuir sans que personne ne les remarque.
Pendant ce temps, Moussa parvint à réanimer son grand-frère avec quelques gouttes d’eau. Ecumant de rage, les deux frères, l’un armé d’un pistolet l’autre d’un couteau cherchèrent longtemps mais vainement les coépouses.

Le lendemain soir, le serrurier se rendit au point de rendez-vous indiqué et trouva qui vieillard qui lui donna une boite. En l’ouvrant, il découvrit une forte somme d’argent et une lettre qui disait :

« Chère sauveur. Nous avons réussi à nous extraire des ordures dès que le camion les a déversées. Ayant pu fuir par une forte somme cachée par Abakar, nous t’en laissons une partie afin de te remercier pour ton aide précieuse. Certes, le prix de la liberté est inestimable, mais je crois que cet argent contribuera à l’édification d’une nouvelle vie pour toi comme pour nous. Au moment où tu liras cette lettre, nous serons déjà loin sur le chemin de notre liberté. Prends soin de toi et de ceux que tu aimes.

Au revoir. »

A la fois toucher et fier de lui, Il brula la lettre à l’aide de son briquet. Il était vraiment ému car il savait qu’il ne les reverrait jamais et qu’en même temps une nouvelle vie commençait pour eux tous.