Par André SHAMBA

Un contingent de 2.000 soldats tchadiens et 400 véhicules militaires constitués des chars de combat, des autos-blindées et des Pick-up aussi des hélicoptères de combat sont en territoire camerounais depuis le samedi 17 janvier dernier pour appuyer les forces de défense camerounaises dans la lutte contre le groupe terroriste Islamiste Boko Haram.

« Nous ne pouvons pas dire que nous sommes indifférents à ce qui se passe, parce que nous sommes concernés directement et parce que nous estimons que le Cameroun ne doit pas faire face seul à cette nébuleuse. J’ai lancé aussi un appel aux pays de la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique Centrale) et à tous les pays africains afin qu’ils viennent avec nous pour former une large coalition pour faire face à cette nébuleuse Boko Harama et montrer ainsi à la face du monde que l’Afrique est capable de résoudre ses problèmes.», déclarait Idriss Deby Itno, président de la République du Tchad à  la frontière camerounaise où il avait été accompagné les soldats tchadiens qu’il a envoyé en appui aux militaires camerounais dans le but de neutraliser les terroristes de  Boko Haram, qui ont multiplié des attaques ces dernières semaines à  l’extrême-nord du pays de Paul Biya.

Le Tchad est le premier pays africain qui se met aux côtés de ses voisins, le Nigeria et le Cameroun pour combattre ce groupe Islamiste qui est entrain de prendre de l’ampleur dans la sous-région. Boko Haram occupe des plus en plus des villes et des villages dans la région du Nigeria frontalière du Cameroun, du Tchad et du Niger. Cet envoi de militaires tchadiens au Cameroun peut être compris comme  une réponse favorable et prompte d’Idriss Deby à l’appel de son homologue Paul Biya. En effet, le 8 janvier dernier, lors de la cérémonie d’échanges des vœux avec le corps diplomatique présent dans son pays à Yaoundé,  le premier citoyen camerounais avait dans son mot de circonstance sollicité  l’appui des pays africains et occidentaux pour venir à bout aux aventures maléfiques de Boko Haram. Faisant allusion à  multiplicité des incursions des éléments de Boko Haram dans son territoire dans la partie de l’extrême-nord, monsieur Biya avait lancé, « à menace globale, riposte globale ».

La prompte réponse de Deby  à cet appel, qui est du reste saluée et accueillie avec joie par le peuple  camerounais ne semble pas convaincre tout le monde. Deux camps se forment autour de ce déploiement du contingent tchadien au Cameroun: celui de ceux qui pensent que l’engagement des forces tchadiennes aux côtés des ses voisins dans la guerre contre Boko Haram est sincère et de nature à affaiblir ce groupe terroriste; d’autres, qui sont pessimistes, trouvent dans cet acte une aventure sans avenir positif, qui vise à distraire les détracteurs du président tchadien. Cette contradiction de points de vue pousse à vouloir comprendre le pourquoi de l’envoi des militaires tchadiens « en ce moment » pour combattre Boko Haram, et qu’elle sera l’impact de cette présence tchadienne sur le terrain ?

Pourquoi l’intervention tchadienne maintenant ?
L’engagement de l’armée tchadienne aux côtés des forces de défense camerounaise pour lutter contre le groupe Islamiste Boko Haram suscite des débats et polémiques dans l’opinion tant tchadienne que sous-régionale. Longtemps resté indifférent à l’avancée des éléments du groupe terroriste Islamiste   Boko Haram, le président Idriss Deby Itno a été accusé à  tort ou à raison d’être le complice de Boko Haram ou mieux de ménager cette secte Islamiste. Il fallu l’implication de la France à travers son président François Hollande, pour que les chefs d’Etats des pays voisins du Nigeria arrivent  à s’asseoir autour d’une table aux côtés de leur homologue nigérian à Pris en France, le 17 mai 2014 pour discuter de comment faire, afin de stopper les aventures de ces terroristes. Sous la direction du président français, plusieurs décisions ont été prises en commun. Les chefs d’Etats africains présents à ces assises s’étaient engagés fermement à  unir leurs forces autour du Nigeria pour mettre fin aux aventures criminelles de la secte nigériane Boko Harama. En pratique, seul le Cameroun avait aussitôt après cette rencontre concrétisé son engagement en avoyant des milliers de ses militaires à sa frontière avec le Nigeria, dans sa partie de l’extrême-nord, afin d’empêcher les éléments de Boko Haram d’utiliser son territoire comme base-arrière.

Du côté  du Tchad, il n’y avait toujours pas eu une réaction positive ou tout simplement, le président Deby n’avait toujours pas concrétisé son engagement pris au cours de la réunion de Paris, celui de disposer ses troupes dans la guerre contre ce que lui-même a appelé « la nébuleuse Boko Haram ». Entre-temps les accusations s’élargissent contre lui. Cette fois, ce sont ses homologues africains. Dans leur quasi-totalité,  les présidents africains  « affirmaient » qu’Idriss Deby Itno soutien les Islamistes de Boko Haram en leur fournissant des armes et autres équipements de guerre. Malgré ces accusations rapportées sur les medias internationaux notamment, au cours de l’émission «  Débat Africain »  de la Rfi et l’émission « Afrique Presse » de TV5, le président tchadien semblait faire le sourd d’oreille. Mais, contre toute attente, et au moment que tout le monde s’attendait le moins, le Tchad déclare, qu’il enverra ses militaires très bientôt appuyer ceux du Cameroun pour combattre Boko Haram, aussi récupérer la ville de Baga conquise quelques jours avant par les éléments de ce groupe Islamiste. Une décision – fruit d’un entretien le mercredi 14 janvier dernier à Ndjamena au Tchad entre le président tchadien Idriss Deby Itno et  le ministre camerounais de la défense, Edgard Alain Mebe Ngo’o, envoyé du président camerounais Paul Biya. A cette occasion, le Tchad avait promis un« soutien actif dans la riposte courageuse et déterminée de ses forces armées aux actes criminels et terroristes de Boko Haram », comme indiqué dans un communiqué rendu publique après ladite rencontre. Il n’a suffit que de quelque jour seulement pour que le Tchad matérialise sa promesse.

Les détracteurs du numéro un tchadien, considèrent que, l’envoi « seulement maintenant » du contingent tchadien au Cameroun, est de l’ordre de la distraction d’un chef d’Etat qui veut redorer son image, après avoir été accusé par les organisations de droits de l’homme, les forces africaines en Centrafrique, et la société civile centrafricaine d’être l’instigateur de la déstabilisation de la République Centrafricaine. Mais, du point de vue des observateurs avertis, l’intervention « seulement en ce moment », des militaires tchadiens en appui aux forces de défense camerounaise pour lutter contre le groupe terroriste Boko Haram est justifié par deux éléments majeurs dans l’évolution de ce groupe sur le terrain à savoir, la prise de la ville de Baga le long du lac Tchad qui présage l’imminence de l’infiltration du Tchad par les éléments Islamistes. Ladite prise de Baga qui a déverse au moins 8. 000 refugiés nigérians en territoire tchadien, selon les statistiques des humanitaires rapportées par la Rfi. Deuxièmement, le risque de voir son pays, le Tchad asphyxié économiquement – N’ayant pas une sortie  sur la mer, le Tchad s’approvisionne généralement à partir du port de Douala au Cameroun. Et l’avancée de Boko Haram devient un danger parce que, si jamais ce groupe terroriste arrivaient à prendre une ville à  l’extrême-nord du Cameroun, les trafiques sur le tronçon Douala-Ndjamena ne seront plus possibles et le Tchad se retrouvera isolé économiquement, quant aux activités d’importation.

Cette  deuxième thèse est l’élément très probable  qui à déclencher ce prompt sursaut de Ndjamena à envoyer 2.000 de ses soldats pour soutenir sur le terrain les militaires camerounais afin de freiner l’évolution fulgurante de Boko Haram. C’est ce que confirment les autorités tchadiens toujours dans le communiqué du 14 janvier 2015, « Face à cette situation qui menace dangereusement la sécurité et la stabilité du Tchad et porte atteinte à ses intérêts vitaux, le gouvernement tchadien ne saurait rester les bras croisés». A ce sujet, il faille comprendre que, au delà du port de Douala qui sert de porte d’entrer des marchandises et autres produits de l’importation tchadienne, le pétrole tchadien passe par le territoire : le pipeline qui transporte l’or noir du pays de Deby vers l’extérieur traverse le Cameroun. De ce fait, il serait imprudent pour Ndjamena de refuser la demande d’aide lui adressée par Yaoundé.

Cette thèse  est appuyée et confirmée par Christophe Boisbouvier, journaliste de la Rfi  spécialiste de l’Afrique, qui revelait dans  l’émission «  Afrique Presse »de Tv5 transmise sur les ondes  de la Rfi que « les informations secrètes étaient parvenues aux autorités tchadiennes selon lesquelles, l’objectif actuel de Boko Haram est de prendre la ville camerounaise de Maroua à l’extrême-nord du pays ». Or, si jamais Boko Haram arrivait à conquérir cette ville stratégique pour l’entrée des marchandises au Tchad en provenance du port de Douala, le pays d’Idriss Deby se retrouvera dans l’asphyxie économique. Cause pour laquelle, à la lumière de cette information secrète, le président tchadien a voulu jouer sur la prudence en prenant cette fois-là une décision ferme, qu’il a aussitôt appliquée de son gré, après l’aval de l’Assemblée Nationale et le soutien des milliers de tchadiens du parti présidentielle qui avaient défilés dans la capitale Ndjamena le 17 janvier pour  soutenir l’initiative. Une décision soutenue auusi par le chef de fil de l’opposition tchadien au parlement, qui a lui aussi affirmé sur Rfi qu’il «  était temps pour que le Tchad dont les militaires sont aguerris, de s’associer à ses voisins pour mettre fin aux rêves meurtriers de Boko Haram », quand bien-même, il était absent à  l’hémicycle lors du vote qui devait donner l’aval au gouvernement d’engager les troupes de son pays dans la guerre contre cette secte Islamiste nigériane.

Les militaires tchadiens feront-ils la différence sur  le terrain de combat contre Boko Haram ?
La différence doit-être comprise ici selon deux assertions notamment, l’honnêteté des soldats tchadiens dans la traque commune avec leurs collègues camerounais des éléments de Boko Haram, et  la capacité à changer renverser la tendance sur le terrain de combat en faisant subir un cuisant échec au groupe Islamiste.

La participation de 2.000 soldats tchadiens dans la guerre contre les terroristes de Boko Haram, aux côtés des forces de la défense camerounaise semble être ferme cette fois-ci pour deux raisons. Premièrement, la volonté du président tchadien de réduire l’agressivité et la dangerosité de Boko Haram, mieux mettre fin au projet de ce groupe Islamiste de s’étendre dans les territoires des pays voisins du Nigeria qui sont, Le Cameroun, le Tchad et le Niger. L’on se souviendra qu’Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram, avait dans une vidéo de 35 minutes postée sur Youtube en mi-janvier dernier, menacé clairement d’attaquer ces trois pays. Deuxièmement, les autorités de la République du  Tchad veulent prévenir l’enclavement économique de leur pays face à l’avancée de la secte Nigériane sur le territoire camerounais.

Cet objectif double, laisse croire que l’armée tchadienne livrera une guerre sincère, avec détermination et sans merci contre ces Islamistes. En même-temps qu’elle fera la différence sur le terrain de combat aux côtés des armées du Cameroun et du Nigeria du fait qu’elle est aguerrie dans la traque des terroristes – une expérience prouvée au nord du Mali, lorsqu’il s’était agit de libérer la Ville de KIDAL des mains de Djihadistes en début l’année 2013.

En définitive, le comportement des militaires tchadiens aux côtés des soldats camerounais sur le terrain de la traque des terroristes du groupe Islamiste Boko Haram, nous révélera l’esprit qui a animé Idriss Deby Itno  quant  à l’envoi de ses hommes au Cameroun.