Atelier slam ‘écrire le quartier’, dirigé par Croquemort


Réflection de Didier Lalaye/ Croquemort sur les ateliers:

Les ateliers pendant V4T@Dakar n’ont pas été une sorte de formation mais une collaboration entre divers acteurs avec une orientation des animateurs. Libre champ a été laissé aux participants de se créer leur propre idée de ce qu’ils doivent dire de leur environnement. Certains sont aux causes de leurs problèmes, d’autres aux conséquences et d’autres encore aux solutions et aux propositions. Ce qui dénote que les jeunes dans ces banlieues sont non seulement conscients de la radicalisation, mais aussi ont un désir ardent de positiver les choses et ont hâte d’en sortir. Le festival V4T a été donc un plateau idéal d’expression qui manquait à cette jeunesse en manque de repère.

Cette jeunesse dont le sort est discuté dans les hautes instances de l’Etat sans qu’elle y soit associée, bref cette jeunesse qu’on n’essaie pas d’écouter mais qu’on se permet de parler en son nom. V4T a permis à cette jeunesse et à ceux qui parlaient en l’absence de cette jeunesse de collaborer, de discuter, de s’écouter et de situer plus facilement les axes des solutions et donc de comprendre qu’il est plus difficile de faire le bonheur de quelqu’un contre son gré.

Didier Lalaye aka Croquemort, slameur lui-même, était animateur d’un atelier slam le samedi 18 novembre. Les slams produits sont une réflection sur les quartiers/banlieues ou ils habit(ai)ent.


Photos: la présentation de ces textes pendant la visite de l’ambassadeur des Pays-Bas @Bokal

Voila les passages des slams:

Par Tieriko Diack:

Dans Mon quartier
Sama gox en wolof
Nit Yi nite yatou woyof
On vie tous ensemble
Peulh Serrère niago Sarakolé
Soninké c’est l’hospitalité sénégalais la fraternité
On partage thé, tabac, café au lait
Le quotient sénégalais
Chaque jours c’est férié
Dans nos maisons on fait rien
Tous dans la rue
Les enfants joue avec pied nue

(…)

Dans mon quartier les murs
Mur mure
Avec des Nice graffitis
Dans mon quartier c’est new York City
Ya le Guediawaye hiphop
On dance le rap
Ya beaucoup de croyance
Pas de nuyance
Chrétiens musulmans

(…)

Partage la paix 

par William Clarence Mendy

Dans mon quartier
Qui dit ‘’mon’’ parle de sa possession
Moi je veux juste faire une confession
De mon quartier prisonnier de mon cœur où
Je vis sans peur meme si je pleure.
J’ai grandi dans ces bandes et lieux, j’ai
Rencontré des hommes pieux, des hommes sots
Et même des hommes faux.

Dans mon quartier quelque soit le temps
Qu’il fait, c’est le déjà fait qui se refait
Et on reste dans la logique des faits sans effet.
Le père et la mère incapable de satisfaire
Le besoin familial, font recours à la fuite
De responsabilité et tous les enfants deviennent
Des ‘’talibé’’. Le soir, les jeunes
Les veulent toute crue, les filles dans la
Rue, en bonne position c’est la prostitution
Qu’elle soit verbale, visuelle ou corporelle
Ce qui importe c’est qu’il aie contacte d’energie.
Pas besoin de faire recours à la magie.
Dans mon quartier
Qui dit ‘’mon’’ parle de sa possession
Moi je veux juste faire une confession
A 16 ans, la sirène est enceinte
Impossible de l’appeler la sainte
Il n’y a plus d’espoire, ni de raison à croire
Desormais va se se raconter comme une histoire
Esclave de la famine, le fils a decidé de
Ramper dans les mines, et de devenir l’acolyte
De la cocaine. Maintenant c’est l’école de
La rue avec ces multiples matière vécu.
Maintenant c’est l’école de la vie.

par Laurent Mendy:

Dans mon quartier les gens se connaissent
C’est par centaine que les enfants naissent
Et par dizaine que les vieux disparaissent
La natalité monte et la mortalité baisse
La mentalité courte, on ne planifie pas
Et tout ce qui se passe c’est le destin
Pourtant ce sont les pères qui ont mangé les raisins
Et l’avenir des fils ne les intéressent pas.
Les jeunes se radicalise, s’embrassent dans les parages
Ils sont contre ceux qui veulent mettre des barrages
Ils déconnent quand on les démarges
Ainsi c’est un véritable orage

(…)

par Diamant, slammeur congolais

Dans mon quartier tout se règle à
Coup de dent. Les murs ont des oreilles,
On est au courant de tout sauf rien.
Il y a des spécialistes du kongossa , des
Affairistes, ce sont des vraies RFI ambulantes.

Mon quartier est surnommé LAS VEGAS,
On dort le jour et vole le soir.
C’est une vraie kermesse ,
Les rues fourmillent de ngandas, de bars
C’est normal qu’on ne jure que sur l’alcool.
A LAS VEGAS, mon quartier mêmes les putes veulent être baratinées, courtisées
Avant de vous assommer des sommes qui vous feront perdre votre lingala.
Dans mon quartier, on est tous fanfarons, frimeurs,
Chacun fait son m’as-tu vu, son fier,
La pudeur a perdu ses lettres de noblesse
La vertu est un mot vide de sens
Les tontons sifflent les fillettes dans les couloirs sans remords
Dans mon quartier, chaque soir tout le monde est sur son 31
Sapé comme jamais, se prenant pour PAPA WEMBA
Prêt à se trémousser sur de la Rumba
Ou a bougé son popotin sur du Ndombolo
Tu entendras parler des faroteurs, des boucantiers
Dans les night clubs, c’est une vraie lutte de billets de banque
Mon quartier il est comme il est.
On déborde de largesse, on te lâchera sans gène un Mboté
Si tu le visites je te conseille de manger du Pondu ou du Ngulu MAKO
Tu comprendras qu’il fait beau vivre

par Didier Lalaye, Tchad

Dans mon quartier
On n’a jamais tenu une raquette
Ici Nadal n’aurait jamais connu Roland Garros
Pieds nus, des trous dans les survèt
On a joué au foot, eu bons gosses
Et la nuit dans nos reves
on envoie des bolides sur Casillas
Moussa, c’était deviens pilote ou crève
Aujourd’hui, au resto de l’aéroport, il lave les tasses
Claude nous a montré le design de sa Ferrari
Poster plaqué sur son mur sale
En attendant, il a son petit souci
Son vélo déconne du guidon à la pédale
Au bord des rues, les mêmes mémés

Vendeuses des cacahuètes depuis 30 ans
Ali m’a dit qu’il parlait à Sydney.
Aller s’y installer était son idée
10 ans après, il est toujours bouchr du quartier.
Je vous assure, pour la viande c’est un savant.
Faithfull est devenu rappeur du quartier.
Il a réalisé son reve d’enfance.
En 2 ans il a vendu 10 CD.
Il attend sa seconde chance.
Dans mon quartier, y a cet hopital
Où on peut crever pour un rhume.
Pour une migraine, pour un petit mal.
Pour le petit air qu’on hume
Ici habite des DG, des gros bonnets
C’est avec les boites de lait de leur gamins
Qu’on a conçu nos premiers jouets.

par Rahim El Had (Comores)

Dans mon quartier noir
Noir, oui noir en synonyme du désespoir
Noir pour expliquer les problèmes qui règnent
Dans ce quartier dont on respire la misère
C’est la ou j’ai grandi
Là ou j’ai connu pour la première fois cette vie
Là ou j’ai poussé mes premiers cris
Et c’est là ou j’ai commencé mes premières
Pats et aujourd’hui j’aligne mes mots pour dénoncér, décrier ces maux
C’est vraie qu’on vit dans  l’obscurité du matin au soir
Mais on se reconnait bien même dans le noire

Mon quartier est connu par les beaux paysage
Le sable volan des plages
Mais surtout les céremonies des grands mariages
Mon quartier se trouve dans un coin du monde, quelque part
Entre la cote Est de l’Afrique et la grande ile de Madagascar
Dans un archipel surnommé les iles de la lune
Et c’est cette lune qui  nous éclaire le passage
De sa luer il illumine les visages
Ici nul besoin de réverbere
Car notre lune fait office d’unique lumière

par: MTD Slameur

Dans mon quartier c’est le dessert même si les rues sont bondées
Les garcons sont des voleurs , les filles des dévergondées
C’est de cette manière qu’on nous juge nous les banlieuards
Parce qu’on écoute du rap, du mbalax et non du Mozart
La misère nous oblige à vendre sur le trottoir
Les rues sont étroites, oui c’est un vrai foutroire
Nos maisons sont vétistes et ne demande qu’à s’écrouler
Des jeunes dans la délinquance en prison écoulés
Nos mères vendent du poisson ou des légumes
Nos pères sont des ouvriers au fond des lagunes
Personnes ne s’occupe des enfants, livrés à leur sort
Beaucoup ont quitté l’école mais c’est pas de leurs tors
Le quartier nous plonge dans le vice à force d’oisiveté
Alors s’installe un sentiment de rejet de la société
Nous voulons une amélioration de nos conditions d’existences
Qu’on prenne en considération ce que chacun d’entre nous pense
La plupart de mes amis vendent des stupéfiants
D’autres sont des agresseurs, d’accord soyez méfiant
Mais le mieux c’est de comprendre ce qui anime chaque homme
Pour avoir une société en bonne et due forme

A voir aussi: video de l’atelier slam V4T@Dakar.